28 avril 2007
La semaine du dégoût
(Documentaire autrichien de Nikolaus Geyrhalter, 2005)
Longs plans fixes et interminables travellings, dans des élevages, abattoirs, serres, champs : pas de petites coopératives légumières, de poulets à la plume alerte, mais d’immenses complexes industriels mécanisés, froids, carrelés et plastifiés.
Comme dans un calendrier de l’avent, chaque scène est comme
une fenêtre qui s’ouvre sur une surprise.
Mais pas sur un chocolat Kinder, sur pire
encore !
Le paysage zéro, sous vide, le « vertige
horizontal ».
Les employés amorphes.
Les poussins –tchak- compostés.
Les instincts animaux écrasés ou détournés.
Surtout, l’incompréhension apathique ou angoissée des
animaux. Il est assez gênant de réaliser combien nous bichonnons nos viscères,
et avec quelle désinvolture nous arrachons les leurs.
Bien sûr qu’on sait tout ça, mais les cadrages très étudiés, l’absence de commentaires, nous aident à analyser
cet univers avec un nouveau regard. Plus insistant, plus curieux.

2/2 We feed the world - Le Marché de la faim
Plus documentaire, plus intéressant, ce film-là s’attarde moins sur l’automatisation de la production alimentaire, il attise plutôt le problème de la répartition des denrées sur la planète (faute de frappe, j’avais ajouté un « s » à planète, mais non non, y’en a qu’une…). Que des pays comme le Brésil produisent massivement le soja (transgénique) qui alimentera nos poulets alors qu’une part importante de leur population crève de faim et de soif, ça fait cafarder. Les tombereaux de pains parfaitement consommables que l’on déverse dans des hangars pour les détruire, aussi. Les interventions de Jean Ziegler (rapporteur spécial de la Commission des Droits de l'homme de l'ONU pour le droit à l'alimentation) sont très convaincantes, suffisamment virulentes pour qu’on soit persuadé qu’il ne se tourne pas les pouces toute la journée.
Poissons, tomates, soja, semences OGM, par quelques exemples
bien choisis de filières aberrantes, il nous amène à repenser notre relation
aux aliments, et souligne le pouvoir que nous possédons, malgré tout, de refuser l'eau embouteillée ou les tomates neptuniennes.

25 avril 2007
Fantômime

Invité par un mécène qui préfère l’anonymat¹, avec ma chérie et quelques privilégiés, j’ai vu le spectacle de Julien Cottereau, Imagine-toi², un « clown-mime-show » tellement excellent que je me demande comment décrire l’expérience.
Une scène sombre, rayée d’un faisceau rouge qui gronde. Un petit bonhomme arrive, un peu ahuri, en gilet et chapeau de Guillaume Tell. Pendant une heure et demie il balaie, joue à la balle, mâche du chewing-gum, affronte des chiens (de toutes tailles) et aussi un ogre. À première vue, c’est à la portée du premier humanoïde venu, sauf que Julien Cottereau voyage léger : il est venu sans balai, sans balle, sans chewing-gum, sans chiens et sans ogre.
Il ne joue pas de « air guitar » mais de la « neck battery », il mime et bruite avec tellement de talent que le vide fourmille. Il pourrait même imaginer le public, s’il voulait (mais il aime trop jouer avec lui). Il dégouline, s’éponge, redégouline, rebondit, invite des spectateurs à monter sur scène (non, pas le choix !). Il les interroge et les guide avec de petits bruits flûtés, et certains s’en sortent si bien qu’on pourrait regretter de ne pas participer aussi (en étant tout de même un peu soulagé de ne pas être au premier rang !). Excellent et recommandé à tous, du grand prématuré au grabataire rampant.
Je lui souhait une très longue carrière, à Julien Cottereau, et j’espère qu’il ne sera JAMAIS invité par Patrick Sébastien.

¹ Merci encore, Marc !
² Jusqu’en juin au théâtre des Mathurins (Paris, 8ème), puis un peu partout, même à Tahiti.
19 avril 2007
La mascotte ridicule que personne n'attendait !
